C’est avec fierté que j’ai accepté en décembre 2009 la Présidence de Corail.
Corail n’est pas à proprement parler une ONG, et cependant elle met les compétences de ses experts au service de l’aide au développement. Corail n’est pas un bureau d’études et cependant cette association indépendante ne vit que par la rémunération de ses prestations et des projets qu’elle conçoit et conduit au profit des pays émergeants.
Comment expliquer en quelques mots ces apparentes contradictions ?
Corail ne représente pas un mauvais compromis entre ces deux orientations mais un effort fondamental et courageux de recherche des méthodes d’échanges économiques qui place le service avant le profit, l’efficacité de l’action avant le résultat financier.

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CORAIL n’a pas d’actionnaire à rémunérer, le résultat qui l’intéresse alors, c’est la béninoise qui n’a plus besoin de porter un bidon de 20 litres sur des kilomètres pour fournir l’eau à sa famille. C’est le marocain qui ne sera pas emporté par la prochaine crue catastrophique de l’oued près duquel il a construit sa maison. C’est le libanais qui pourra irriguer son champ avec autre chose que les eaux usées qui s’accumulent dans les fossés en aval d’une station d’épuration qui ne fonctionne plus !
Ne pas rejeter les principes de l’économie de marché mais les mettre au service de l’humain ! Une déclaration de principe que nous plaçons au centre de nos préoccupations et voulons rendre effective par notre action.
Non seulement CORAIL ne rejette ni l’entreprise ni ses logiques économiques, mais CORAIL veut œuvrer à la valorisation des savoir-faire des PME dans le cadre de l’aide au développement. Et c’est là un autre aspect de l’activité de CORAIL qui m’a incité à accepter de la responsabilité de Président de l’association, moi qui ai consacré beaucoup d’effort au développement de ma propre PME !
Rétablir des équilibres sociaux, environnementaux et donc économiques entre les pays les plus riches et les plus pauvres apparaît aujourd’hui, à beaucoup, comme une évidence. Les efforts de coopération se développent lentement mais inexorablement et à différents niveaux.
Là où l’aide au développement se limitait à « l’humanitaire », on voit progressivement s’insinuer le terme de « coopération économique ». L’aide au développement n’est plus du seul ressort des « ONG » … le « codéveloppement économique » acquiert progressivement ses lettres de noblesse ! Là où, il y a quelques années, seuls s’impliquaient les Etats, interviennent aujourd’hui les Collectivités locales, appuyées à leur tour, dans leurs coopérations décentralisées, par les bailleurs institutionnels. Dans ce vaste mouvement de décentralisation des actions de développement économique, les PME ont leur rôle à jouer ! CORAIL s’attache donc à faire émerger les méthodes d’implication des PME dans ces nouvelles orientations d’échanges internationaux !
Renforcer les capacités d’un service public est souvent l’objectif premier des différentes formes de coopération. Obtenir ce résultat de façon durable exige que le tissu de prestataires privés qui l’entoure soit en mesure de répondre à ses besoins organisationnels et techniques. Comment, mobiliser les compétences privées en complément et au service des compétences publiques? De quelles méthodes ou procédures faut-il doter les différentes formes de coopération, pour que l’aide au développement devienne véritablement un « codéveloppement économique » équitable et partagé au bénéfice de chacun ?
Vaste programme auquel s’est attelé CORAIL et auquel je souhaiterais pouvoir apporter mon expérience d’entrepreneur et ma modeste contribution au cours de mon mandat de Président !
Il me semble que la comparaison entre notre planète et une toupie est, sous certain aspect, très illustrative. L’une et l’autre sont animées d’un mouvement de rotation autour d’un axe vertical. Pour l’une et l’autre, la pérennité du mouvement dépend de l’équilibre et la bonne répartition des masses : déplacez ces masses, modifiez ces équilibres, et le mouvement de la toupie deviendra chaotique puis s’arrêtera !

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Sillonnant la planète en tous sens depuis une trentaine d’années, j’ai acquis la sérieuse impression que notre civilisation s’évertue (consciemment ou inconsciemment mais avec persévérance) à détruire différentes formes d’équilibre (par exemple écologique) en concentrant les masses (notamment économiques) sur certaines zones, dites privilégiées, du globe.
Je crains qu’à trop modifier ces équilibres, à trop concentrer ces masses, nous n’engendrions le chaos à court terme.
Le chaos n’est il pas déjà en marche dans les traces des migrants qui fuient l’avenir sans espoir que leur réservent leurs territoires devenus stériles ? Ne glisse-t-il pas déjà vers nous, accroché au glacier qui fond et dévale les pentes du Groenland ? N’est il pas déjà inséré dans la cartouchière de l’intégriste ou du révolutionnaire qui égorge le premier venu pour affirmer ses convictions, pourtant à peine différentes de celles de sa victime ?
CORAIL est, à mes yeux, un outil qui tente de contribuer, dans sa modeste mesure, à rétablir certaines formes d’équilibre : l’équilibre d’un accès à l’eau potable pour tous, l’équilibre d’un territoire économiquement viable capable de nourrir chacun de ses ressortissants, ou d’une ville fonctionnelle assurant santé et éducation à tous ses habitants ... et ce tout en respectant les diversités culturelles, sources infinies de richesse et d'espoir à mes yeux.
Œuvrer pour chaque nouvelle opération à améliorer l’efficacité de nos interventions, à peaufiner notre méthodologie, à optimiser les synergies entre acteurs qui poursuivent le même but que nous, c’est remonter d’un coup de rame supplémentaire un courant que je crois destructeur et qui nous éloigne de la planète sereine que je souhaiterais léguer à mes enfants.
Travailler à Corail relève à la fois du militantisme et d’une démarche professionnelle.
Je considère que c’est une grande chance pour moi de pouvoir ainsi combiner un engagement personnel à un travail riche, varié et « utile ».
Ma contribution à Corail me permet d’œuvrer de façon concrète dans le champ du développement. Nos actions et projets prônent et respectent des valeurs fortes et auxquelles je crois, basées sur le respect mutuel, la solidarité et la responsabilisation.

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La confrontation à des situations complexes, à des problématiques variées, à des cultures différentes suscite travail d’équipe, curiosité, remise en question, efforts de réflexion et de conceptualisation, …
Impliquée dés sa création, j’ai aujourd’hui la satisfaction de constater que Corail se développe et jouit auprès de la plupart de nos partenaires du sud et du nord d’une image positive de sérieux et de professionnalisme.
Dans la mouvance de la mondialisation, notre sort et surtout celui des générations futures dépendra de notre capacité à résister à l’aggravation des clivages nord sud, au gaspillage des ressources naturelles, aux mouvements extrémistes et terroristes … Et cela passera autant par des prises de conscience individuelles que par des solutions globales et politiques.
Je reste, grâce à ce travail, citoyenne et responsable, les pieds sur terre et les yeux ouverts sur le monde.
Je n’ai jamais été convaincu de la pertinence d’une manifestation ostentatoire de mes convictions, préférant toujours un travail sur le fond, par opposition à un déchainement de passions pas toujours constructives.
Le travail au sein de Corail m’offre le cadre idéal pour exprimer mon engagement discret mais concret pour un rééquilibrage des relations entre les populations des quatre coins de la planète. Ce cadre représente pour moi un lieu d’échanges enrichissants avec des personnes de toutes origines. C’est aussi un des aspects de la coopération internationale qui contribue le plus à la réalisation concrète de mes convictions : un partage de cultures.
Un échange gagnant-gagnant en quelque sorte…